Le Canal Calédonien: de Inverness à Oban, en passant par le Loch Ness

Extrait du journal de bord d’Hina, 3 juillet 2014:

Après un passage de Rattray Head particulièrement difficile cette nuit – peut être le pire passage depuis que je navigue – nous nous faufilons dans les chenaux du Moray Firth sous un délicieux soleil, avant de passer Kessock Bridge, et d’entrer dans le port d’Inverness. Le bateau est sans-dessus-dessous, l’équipage un peu ébranlé par la nuit… le Rattray Head restera longtemps dans nos mémoires!

Fraserbourgh (Rattray Head), quand il fait pas beau…

Vous l’avez compris: l’arrivée à Inverness fût mouvementée. Comme souvent en voilier, la météo et les horaires de voyages ne font pas bon ménage. Dans ce cas, nous avons du « forcer » le passage de Rattray, afin d’arriver à Inverness dans les temps pour le changement d’équipage. Cependant, aucun vrai danger, puisque, progressant contre un vent « plein nord », nous avions à tout moment la possibilité de nous dérouter vers l’un des très nombreux ports de la côte…

La journée du 3 juillet restera surtout dans les annales comme une journée « récupération ». Bien sur, il faut s’occuper du bateau (ranger, nettoyer…), de l’équipage (ranger, nettoyer… C’est la même chose), des approvisionnements (diesel, victuailles), et bien sur, d’une petite expédition « reconnaissance » vers la capitainerie, en quête d’informations plus détaillées sur le passage du Canal Calédonien.

Car c’est bien aux portes de celui-ci que nous sommes désormais! Ultime passage vers l’Ecosse, le Canal Calédonien traverse le Royaume Uni de part en part, reliant la Mer du Nord à l’Atlantique.

Fabriqué au 19ième siècle pour éviter au navires marchands le perilleux contour de l’Ecosse par le nord, oeuvre de l’architecte et ingénieur civil Ecossais Thomas Telford, le canal s’étend sur près de 100km, et comporte pas moins de 29 (!) écluses. En réalité, seule une trentaine de km sont de la main de l’homme, le reste étant constitué par l’enchainement de 4 (célèbres) Lochs: Dofour, Ness,  Oich, et Lochy. Oui, vous avez bien lu: la traversée du Loch Ness est au programme! (l’appareil photo est prêt).

Le canal a un mode opératoire particulier: il n’est opéré qu’entre 10h et 16h, et comporte plusieurs « escaliers », ou enchainements d’écluses. La spécificité de ces dernières étant qu’ils ne peuvent être opérés que dans un sens à la fois: les bateaux amonts doivent descendre jusqu’en bas, avant que les bateaux avals ne puissent attaquer la remontée…

Au final, le passage du canal prend donc un peu plus de 2 jours en moyenne.

Nous recevons également plusieurs explications sur la façon d’écluser (je parle bien entendu du fait de passer les écluses.. L’équipage ayant, de nature, fort peu de choses à apprendre sur l’autre signification bien connue de ce verbe). Nous apprenons notamment qu’idéalement, un équipier doit toujours rester à terre, pour amener le bateau « à la main » d’une écluse à l’autre. Objectif officiel: accélérer le passage d’une écluse à l’autre. Objectif officieux (tel que compris par moi): éviter aux équipages la honte d’une succession de lancers d’amarres ratés vers la berge – forcément plus haute – de l’écluse amont, le tout devant l’inévitable (et toujours bien présent) parterre de touristes hilares…(j’encourage ceux qui se sentiraient perdus à ce stade de l’histoire à se référer à la petite photo ci-dessus et d’imaginer la scène – c’est beaucoup plus facile à comprendre).

Il est 10h08 lorsque nous pénétrons dans la première écluse du canal, sous un magnifique soleil (première surprise pour nous qui nous attendions presque à de la pluie non-stop en Ecosse…)

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Seconde écluse… Jusqu’ici, tout va bien!

Pas d’affolement, pas de bruit: tout se passe dans le calme le plus complet. Les opéateurs sont super sympas, et efficaces.

Le canal en lui-même est incroyablement charmant. Berges en terre, paysages ultra verts. Ici ou la, un petit cottage émerge, caché derrière un pont… Nous commencons vraiment à nous sentir dans une autre ambiance.

Arrivés dans le premier Loch (Dofour), le paysage s’ouvre, accidenté. Le long des berges, nous apercevons de temps en temps quelques énigmatiques manoirs, confirmant par leur architecture que nous sommes bien là ou nous pensions être… 😉

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Logement social (à l’Ecossaise..)

La traversée se poursuit à un bon rythme. Encore quelques ponts et écluses, et nous entrons dans le redouté, mais tellement attendu Loch Ness.

La première impression, en sortant de l’écluse, est assez surréaliste. Et difficile à décrire. On sent soudain véritablement qu’on se trouve sur une sorte de « lac d’altitude ». Les berges sont escarpées par endroit. La végétation est luxuriante (d’aucuns diront « bien arrosée »). L’eau a cette couleur particulière propre aux lacs de montagne. L’air sent les arbres, la terre. C’est peut-être à cet instant, précisément, qu’on prend vraiment conscience que la mer n’est plus tout près.

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Prochaine étape: Urquhart Castle. Le célèbre château, en ruine, se trouve sur la berge nord du Loch. FX tente désespérément de le trouver aux jumelles pendant plusieurs minutes, cherchant un imposant bâtiment au sommet d’une colline… En vérité, Urquhart Castle est en bordure de lac, caché par la colline… Et surtout: très, très en ruine! 😉

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Il était bien caché, le Urquhart en ruine!

Cependant, l’heure n’est plus à la plaisanterie. En entrant sur le Loch (et surtout, en voyant la température de l’eau – une dizaine de degrés), nous avons pris la grave décision que, tant qu’a être sur le Loch Ness… Autant y piquer une petite tête.

Je laisse un temps d’arrêt, pour vous aider à prendre toute la mesure de la gravité de cette décision d’apparence si anodine…

Nous ancrons donc Hina derrière Urquhart Castle, descendons l’échelle de bain, enfilons nos maillots…. Moment de réflexion.

Dix degrés, c’est vraiment, vraiment, froid. J’en entends déjà qui vont dire « ouais moi j’me suis déjà baigné dans une rivière gelée au Canada », bla bla bla….

C’est possible.

Mais en général, près de la rivière gelée au Canada, il y a aussi un dispositif assez perfectionné et adapté, appelé « sauna ». Ce qui, malgré l’équipement assez poussé d’Hina, ne fait pas (encore?) partie de l’attirail du bord.

Je ne m’étendrai pas beaucoup plus sur le sujet. Pour la postérité, sachez seulement que:

  1. Nous l’avons fait
  2. Ca a fait très mal en entrant
  3. La baignade n’a pas duré des heures
  4. Ca a fait mal en sortant
  5. Pour notre salut, nous avions du rhum à bord

Nous rejoignons ensuite l’entrée du premier grand escalier d’écluses du canal, celui de Fort Augustus.

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Hina devant Port Augustus. Derrière, l’extrémité sud du Loch Ness.

Promenade dans le coin, avant d’entamer une petite soirée trankilou, au son de Pink Floyd, The Doors et Bob Dylan.

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Yan prend une photo d’FX devant les Escaliers. Manquait juste la pellicule dans son appareil…

La soirée se poursuit dans le cockpit, à la lumière de la lampe à pétrole rêvée pour mes 30 ans, et miraculeusement découverte par David dans un ship chandler aux Pays-Bas 2 mois avant le départ, presque un an plus tard.

Pendant que celle-ci sirote tranquillement son cocktail d’hydrocarbures, nous sirotons notre propre cocktail, fait lui à base de rhum (à ce stade, nous n’avons pas encore visité de distillerie…).

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Une idée de l’ambiance…

Le réveil est douloureux samedi matin, mais le canal n’attend pas! C’est aujourd’hui qu’arrive mon coeur, venue bravement rejoindre son vieux captain, malgré l’idée saugrenue de ce dernier de venir prendre des vacances dans un endroit froid et humide… Sur un bateau qui plus est. L’amour fait parfois des miracles 🙂

Nous attaquons l’Escalier. A peine entrés, nos oreilles sont prises d’assaut par les chants bretons du bateau d’à côté. Des Français? Qui d’autre se prendrait à écouter Mouez Port Rhu dans ces contrées reculées…

Après quelques manoeuvres de concert, nous sympathisons vite avec Pierrick et Isabelle, en croisière sur leur Ovni 36. Les autochtones et touristes du jour ont du trouver l’Escalier bien animé… Et pour une fois, ce n’était pas par une cornemuse locale 😉

Le canal se poursuit, dans une ambiance vachement bon enfant.

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Notre premier petit « haggis » (panse de brebis farcie – le truc noir dur l’assiette). Conseil culinaire du capitaine: le meilleur haggis reste celui qu’on ne mange pas.

 

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Passage des écluses oblige, FX prend son lunch sur la berge!

 

 

 

 

 

 

 

 

Nous arrivons à Fort Williams en fin de journée. Pierrick et Isabelle viennent se mettre à couple, pour un petit apéro calmos. Débo m’appelle: sa valise s’est égarée dans un transfert, quelque part autour de Londres… Eh m**** 😦

Après 1h30 de taxi (et 8h de voyage), elle arrive enfin, épuisée… Pendant que je vais la cueillir près de la capitainerie, Pierrick ouvre une bouteille (de rhum, toujours), et se lance dans la fabrication de Mojitos home-made. Quand je dis « home-made »,  c’est surtout la recette qui est très personnelle: le traditionnel « 20% rhum, 80% d’eau » se retrouve juste subtilement inversé.

Quelques verres plus loin, nous nous retrouvons dans leur carré, en train de deviser joyeusement en dégustant un condensé des frigos des deux bateaux….

A droite, Pierrick. Au milieu, Yannick (imbibé d'eau, comme d'hab). A gauche: Isabelle.

A droite, Pierrick. Au milieu, Yannick (imbibé d’eau, comme d’hab). A gauche: Isabelle.

Si la soirée se termine malheureusement un peu précipitamment (pour des raisons que la décence m’interdit d’étaler ici), nous rentrons néanmoins à bord en pleine forme!

FX et Yan tentent une ultime petite expédition repérage vers la gare, pour capter leurs horaires de trains du lendemain. L’expédition se solde par un échec (apparemment, les horaires bougeaient tellement que toute lecture était impossible). Nous finissons par nous endormir tant bien que mal, au son des chants bretons dont le CD continue de tourner chez Pierrick et Isabelle. Une toute bonne soirée =)

Le lendemain, FX et Yan quittent le bord. Moment émouvant.. On en aura quand même fait du chemin, en une semaine! Débo et moi terminons les écluses, et nous mettons en route pour Oban, que nous atteignons en fin d’aprem.

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A l’arrivée, Pierrick vient prendre nos amarres. Nous allons nous amarrer sur l’île en face de la ville (Balliemore), dans une petite marina offrant tous les services nécessaires, et une navette gratuite toutes les heures vers la ville.

The scene is set, we are in the place… L’exploration peut commencer!

A suivre…

 

 

 

 

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